Thibaut Octave | Découverte du Mont Athos au Leica M240 et M246 (1/4)

Publié le 11. octobre 2017 avec Leica M

De Ouranoupoli au skite de Sainte Anne

Le périple commence à 7h ce matin-là (photo 1). Je me douche en vitesse et vérifie mon sac à dos qui sera mon compagnon de voyage pour les 8 jours à venir. Tout est là, tout est en place. Quelques vêtements, de quoi me laver et me soigner au cas où, de la nourriture, une gourde, mon ordinateur, un Leica M246 monté d’un Elmarit 90 mm f/2,8 et mon fidèle M240 doté de son Summilux 35 mm f/1,4.

Mes 4 compagnons et moi avalons un petit quelque chose en vitesse et nous dépêchons pour ne pas rater le speedboat qui doit nous emmener d’Ouranoupoli au skite de Sainte Anne (photo 2). Il nous faut d‘abord récupérer le Diamonitrion, le fameux visa valable seulement 4 jours (photo 3) pour rentrer sur le mont Athos que je devrai faire renouveler une fois sur la péninsule. On court, on s’essouffle, on monte.

Ça y est je suis installé. Les gens autour de moi sont en majorité Grecs ou des pays des Balkans. Le moteur ronfle et nous partons. Le moment que j’attends depuis des mois est enfin là. Je vais gravir la montagne puis partir à la rencontre des moines et des pèlerins ! L’excitation monte. Je vois les différents monastères de la côte ouest se profiler. Nous nous arrêtons à certains ports pour que certaines personnes descendent. Au travers du hublot le petit port de Sainte Anne se rapproche. On s’arrête. Je prends mon sac. L’aventure commence (photo ci-dessus).

 

Ascension du Mont Athos

De 0 à 300 m, là où est situé le skite de Sainte Anne, les moines ont creusé des marches dans la montagne (photo 5 et 6). Je n’ose imaginer combien de temps cela leur a pris. Comme ils sont là depuis plus de 1000 ans je suppose qu’ils ont pu prendre leur temps. On croise un moine à dos d’âne qui descend de la montagne avec des sacs. Les ânes sont très utiles sur l’Athos car ils permettent de transporter des marchandises aussi bien que des hommes. Les moines étant pour certains âgés je comprends tout de suite que ce moyen de locomotion est indispensable.

On grimpe les marches et on commence à suer. Il est à peine plus de 9h et la chaleur gagne du terrain, mais l’effort est agréable et la perspective d’arriver rapidement au sommet nous donne des ailes. Ce que je ne savais pas, c’est que ça n’allait pas être rapide. Nous mettrons 10h30 pour grimper les 2033 mètres.

Après environ 100 mètres de montée nous voyons apparaître le skite de Sainte Anne en hauteur sur notre gauche (photo 7). Des cordes sont tirées pour aller du skite en bas de la montagne afin de faire circuler du matériel et des provisions. La végétation est luxuriante et nous commençons à en prendre plein les yeux.

Nous voyons les différents bâtiments accrochés de-ci de-là dans la montagne (photo 8). Je comprends que tout est comme ça ici ou presque. Les jardins où l’on cultive les fruits et légumes sont en terrasses et des panneaux solaires alimentent Sainte Anne en électricité. Les moines se débrouillent pour beaucoup avec de l’énergie propre. Plus que deux cents mètres et nous serons arrivés à la première étape et aux premiers moines que je rencontrerai.

 

Arrivée au skite de Sainte Anne

L’arrivée au skite de Sainte Anne est encore plus incroyable que ce que je ne pensais. Le lieu est beau, plein de couleurs et une fontaine d’eau potable nous attend avec des gobelets métalliques pour nous rafraîchir (photo ci-dessus). Chaque découverte d’une source d’eau sur l’Athos est une fête. On se surprend à remplir sans arrêt sa gourde et boire en grande quantité car on a vite chaud.

Le skite est constitué d’une belle terrasse où les pèlerins peuvent passer un peu de temps, d’un réfectoire, d’un katholicon (église) et d’un lieu où dormir si l’on souhaite passer la nuit. Un moine vient nous accueillir pour nous offrir de l’eau, un petit godet de tsípouro (eau-de-vie de marc grecque) et un loukoum. Je m’attarde un peu au balcon du skite et contemple le port dont nous venons que l’on voit en bas (photos ci-dessous). Un bateau est à quai pour décharger les denrées et matériels qui seront utilisés au skite et dans d’autres endroits de la péninsule.

 

Nous sommes autorisés à rentrer dans l’église afin d’en observer l’intérieur. Le lieu est sombre, mais somptueux. Des sièges de bois sculptés sont disposés le long des murs. Nous regardons les fresques sur les murs recouverts par une épaisse couche de suie provenant de l’émanation des flammes des bougies. Par endroits on peut voir que les moines ont commencé à nettoyer les fresques. Je me déplace lentement dans cette église qui me décroche la mâchoire. Un lieu si petit et pourtant si… riche. Les orthodoxes aiment en mettre plein la vue, une manière pour l’église de montrer sa puissance.

Nous sommes à Sainte Anne. Mes cours de catéchisme sont loin et je n’ai de toute façon jamais été très attentif. Sainte Anne était en fait la mère de la Vierge Marie. Des hommes pieux de tous les coins du monde viennent vénérer ici la mère de la Vierge et s’asseoir sur le trône pour la prier de leur accorder sa clémence et de les laisser procréer.

Le moine s’absente deux minutes et revient avec une boîte richement décorée d’or et d’icônes peintes. Il s’agit de la relique : le pied de Sainte Anne (photo ci-contre). L’un des hommes présents a raconté son histoire au moine afin de vénérer la relique et de lui demander de l’aide. De l’œil d’un agnostique, cette scène est étonnante. L’homme vénère la relique et va s’asseoir quelques instants sur le trône non loin de là. Il prie. Je m’approche un peu et observe qu’à ses côtés se trouve une grande icône. Sur l’un des bords se trouvent des photos d’enfants. Beaucoup de photos. Ce sont tous les enfants qui sont nés suite aux prières de leur père. Les familles envoient ces photos aux moines du skite afin de les remercier de leur aide et de remercier la Sainte.

Un coup d’œil à mon ami qui discute avec le moine et je demande si je peux m’approcher. Le moine fait signe que oui. Je m'avance vers lui. Le moine soulève légèrement la grille apposée sur la relique afin de la protéger. Le pied est tout petit. Le temps l’a fait rétrécir, se contracter sur lui-même, mais il est dans un état de conservation parfait. La peau est encore présente, ainsi que les os et tout ce que vous pouvez imaginer. Il est comme momifié, même si ce procédé n’a apparemment pas été utilisé pour sa conservation. Quand je demande comment cela est possible, le moine hausse les épaules, sourit et dit « C’est Dieu » comme si cela suffisait à tout expliquer.

Le moine m’a donné sa bénédiction pour que je prenne cette photo. Quand j’ai demandé sa permission, il m’a jeté un regard, a observé la relique, m’a regardé à nouveau et a opiné du chef. J’ai pris la photo rapidement et l’ai remercié. Cette photo est un exemplaire unique d’une relique vieille de plus de 2000 ans.

 

Biographie – Thibaut Octave

Après 6 ans en tant que cadreur monteur pour la télé et 7 ans en tant que planneur stratégique en agence de communication, Thibaut a décidé de revenir il y a environ 2 ans à son premier amour : la photographie.

À l’âge de 10 ans il a appris la photo avec un appareil argentique que son père avait acheté à un de ses amis. Il n’a jamais lâché l’argentique et a d’ailleurs une petite dizaine d’appareils chez lui qu’il utilise régulièrement. Quand il est revenu à la photo c’est Leica qui lui a tendu la main.

Curieux, il s’amuse à photographier tout ce qui lui passe devant les yeux. L’individu et sa beauté sont des sujets d’inspiration constant. Photos de mode, d’architecture, de gastronomie, de portrait, tout l’inspire. Il aime l’aspect documentaire et brut de la photographie et aime à observer comment l’Homme trouve sa place dans un monde coincé entre une esthétisation extrême du quotidien et la recherche de l’authenticité.

Curieux et voyageur c’est équipé de son M240 qu’il entreprend de partir aux 4 coins du monde pour découvrir la place de la religion dans l’humanité. Sujet de société à part entière, il souhaite découvrir pourquoi certains croient ou ont besoin de croire et comment la religion intervient ou non dans le cœur des Hommes.

 

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