Letizia Lefur, ambassadrice Leica SL2

"Je viens d'un milieu où la laideur était omniprésente et la recherche du beau
dans l'hideux était une technique de survie. Cela explique sans doute mon
obsession de la couleur par opposition au gris des banlieues. Je les pousse
même un peu à la limite de la réalité"

Publié le 16. novembre 2020 avec Leica SL

Les châteaux de la vallée de la Loire sont des chefs-d'œuvre architecturaux, qui se distinguent par une décadence de bon goût et des jardins spectaculaires. L'un d'entre eux est le château de Chenonceau, un magnifique monument dont l'histoire remonte à près de 800 ans. Sa célèbre galerie a été construite sur ordre de Catherine de Médicis, régente de France. Le château de Chenonceau, dont les propriétaires et les résidents sont majoritairement des femmes, a servi non seulement de lieu de célébration des fêtes extravagantes de la cour de France, mais aussi de lieu de rencontre pour d'illustres personnalités du monde de l'art et de la culture. Inspirée par l'histoire extraordinaire de ce lieu étonnant, Letizia Le Fur a entrepris de créer un sujet de mode, consacré au thème de la séduction. La série - qui juxtapose des clichés de paysages hypnotiques à des photographies de mode envoutantes - est une fusion de formes, de couleurs et de contrastes profondément poétique.

Dans notre interview, l'artiste nous donne un aperçu de son rapport avec la peinture, de la manière dont elle développe son propre style photographique et du matériel qu'elle juge indispensable pour son travail.

Chenonceau

On peut voir à travers vos images que vous avez des liens très étroits avec la peinture...

Au début, la peinture, c'était mon truc. En étudiant aux Beaux-Arts, je me suis rendue compte que je n'avais pas grand-chose à offrir au monde de la peinture. La rencontre avec Valérie Belin a été un tournant dans ma décision de me tourner vers la photographie. Elle m'a permis de redécouvrir la notion de plaisir dans le processus de création, alors que la peinture n'était devenue que souffrance. Son enseignement était basé sur l'expérimentation du médium photographique sous toutes ses formes.

Vous semblez avoir réuni tout cela dans votre série, Le Château des Dames. Parlez-nous de la production.

Cette série a été photographiée début mars 2020 au château de Chenonceau. J'ai choisi ce château parce qu'il est magnifique, à taille humaine et habité exclusivement par des femmes - dont Catherine de Médicis.

Quand avez-vous travaillé sur la série ?

Plusieurs fois par an, j'organise des séances de photos avec des mannequins, des stylistes et des maquilleurs, afin de développer mon portfolio. Je savais que Leica voulait me filmer en tant qu'ambassadrice du SL2, et j'ai proposé de faire le film en même temps. Nous avons donc cherché ensemble le meilleur environnement pour produire à la fois cette série et le film, et nous avons très vite pensé à Chenonceau, et de manière assez inattendue, Chenonceau a accepté !

Chenonceau

Vous avez combiné des modèles et des plantes avec des paysages. Veuillez nous expliquer cette combinaison intéressante.

J'aime photographier les plantes, les minéraux, les corps nus et les grands espaces. Mais j'aime aussi photographier la saturation, l'abondance, le ton sur ton. J'aime remplir le cadre photographique avec des motifs et des couleurs. J'utilise ma sensibilité pour recréer des atmosphères qui induisent le rêve et l'évasion. Je viens d'un milieu où la laideur était omniprésente et la recherche du beau dans l'hideux était une technique de survie. Cela explique sans doute mon obsession de la couleur par opposition au gris des banlieues. Je les pousse même un peu à la limite de la réalité.

Qu'avez-vous tiré de tout cela pour le photographier au Château Chenonceau ?

Chaque pièce du château est décorée d'énormes bouquets de fleurs fraîches ; et elles figurent sur les images. J'ai choisi d'associer l'image de chaque modèle à une image de la nature, parce que j'aime toujours cette interaction entre les êtres humains et les plantes. Dans ce cas, j'ai choisi des images d'une nature dense et sombre pour accompagner les intérieurs du château, en trouvant des correspondances formelles, chromatiques, et, pour apporter un peu d'étrangeté, j'ai ajouté de la rugosité aux images un peu lisses qui sont parfois typiques des séries de mode.

Quelle était l'idée derrière cette série ?

C'est un shooting de mode, dans le sens où j'ai travaillé avec la styliste Céline De Selva, qui habillait les mannequins avec des robes sublimes de grands couturiers comme Alaia, Balmain, Xuan... J'avais toute une équipe et nous devions faire face aux conditions difficiles d'un shooting de mode, en visant à photographier un maximum de tenues en un minimum de temps. Mais avec la liberté de ne pas avoir de client

Ce shooting de mode montre des techniques photographiques assez inhabituelles : Je parle de réflexions et de prismes qui rendent l'histoire très artistique. Qu'est-ce qui vous a poussé à essayer ces techniques ? Était-ce une question d'essais et d'erreurs avant qu'elles ne fassent partie de vos compétences ?

Au fil des ans, j'ai constitué un petit stock d'objets de toutes sortes, collectés soit pour leur couleur, soit pour leur qualité de réflexion ; et j'expérimente tout le temps. Dans ce cas, j'ai surtout utilisé un prisme ou des fleurs au premier plan. Et chaque accident est une cause de bonheur : ce sont eux qui vous font aller plus loin.

Chenonceau

Comment avez-vous développé le langage visuel de cette série ?

Je dirais que tout ce à quoi je suis confrontée, est ce qui dicte la façon dont je photographie, que ce soit le bokeh ou l'utilisation du flash. Je suppose que si je veux isoler un certain élément, j'utilise le bokeh, et si c'est un premier plan coloré que je veux accentuer, j'utilise le flash.

Pour cette série, j'ai travaillé avec des lumières artificielles : nous avons photographié très tôt le matin et très tard le soir, presque dans l'obscurité. De temps en temps, j'utilisais également un prisme placé devant l'objectif pour flouter ou diviser l'image. À l'intérieur du château, je n'ai pas utilisé de flashes mais des lumières LED continues. J'avais quatre sources différentes avec des filtres de couleur.

Chenonceau

Vous semblez utiliser beaucoup de flashes à l'extérieur. Comment faites-vous ?

Oui, quand je photographie à l'extérieur, j'utilise un petit flash Cobra, installé sur une boîte. En ce qui concerne l'équipement, j'aime rester aussi léger que possible.

 

Avez-vous également travaillé avec le Leica SL2 cette fois-ci ? Quels objectifs avez-vous utilisés ?

Oui, j'ai travaillé exclusivement avec le SL2 sur cette série, principalement avec l'APO-Summicron-SL 50 f/2 ASPH et parfois avec l'Apo-Summicron SL 75 f/2 ASPH. À mon avis, par rapport au SL1, que j'ai déjà utilisé, le SL2 est une avancée sur le plan ergonomique, et il est également plus rapide en ce qui concerne la mise en marche, la vitesse de démarrage, l'accès aux différents menus, etc. Et le viseur numérique a été d'une grande aide pour photographier dans ce qui était presque l'obscurité. Je ne peux pas me séparer du SL2, car il convient à mon approche esthétique

Né en 1973 à Saint-Denis, en banlieue parisienne. De 1993 à 1998, Letizia Le Fur a été l'élève de Valérie Belin à l'École Beaux-Arts. Elle a ensuite travaillé pendant deux ans comme assistante de l'artiste suisse Beat Streuli. Le Fur a auparavant photographié des images de campagne pour Air France, Ruinart, la SNCF, Clarins et Nivea. Son travail a également été présenté dans des magazines tels que Voyageurs du Monde, Wad, Psychologies Magazine, Le Parisien et Les Echos. En 2018, Le Fur a remporté la première édition du concours photo Alpine x Leica, sur le thème "Hit the Road".

Retrouvez plus d'informations sur son site web et son compte Instagram.

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