Thibaut Octave | Découverte du Mont Athos au Leica M240 et M246 (2/4)

Publié le 20. octobre 2017 avec Leica M

Quelques heures et litres de sueur après avoir quitté le skite de Sainte Anne et sa relique nous arrivons à la chapelle de Panagia (la Vierge) située à 1500 mètres. Là, un peu terrassé par la fatigue et les douleurs aux jambes, je m’allonge un moment sur l’un des bancs de pierre. Le soleil frappe tandis que mon t-shirt sèche au soleil. Je viens de vivre l’expérience physique la plus difficile que j’ai eue à exercer. Je n’avais plus d’eau sur les 300 derniers mètres et c’est mon ami George qui m’a gentiment ravitaillé.

À l’arrivée à la chapelle, je vois la grande croix de bois qui trône sur un rocher. Cela impose un certain respect dans le contexte, même si on pourrait trouver cela incongru. Je ne sais pas depuis combien de temps la chapelle existe. Comme le reste des abris de la péninsule, elle a été construite avec des pierres de l’Athos et la sueur de ceux qui y vivent.

À l’intérieur on trouve un puits, une cheminée, de quoi faire du café, une petite salle de prière avec des icônes et aussi un dortoir. En effet, certains ne peuvent pas faire le trajet d’un coup et doivent s’arrêter à la chapelle afin de passer la nuit. Le plus frappant dans la chapelle ce n’est pas vraiment son intérieur, mais plutôt l’odeur qui y règne. Certains pèlerins manquent cruellement de savoir-vivre et laissent leurs ordures pourrir à l’intérieur. Des aliments se décomposent, laissant derrière eux une odeur nauséabonde.

Dehors, le chien de la chapelle dort au soleil. Il vient parfois réclamer quelques caresses et nous tenir compagnie. C’est totalement insolite de voir ce chien ici. Je me demande comment il est arrivé là et avec qui (photo de gauche).

Pendant ce temps George fait du café. Nous autres nous restaurons avec des barres de céréales et du chocolat que nous avons emmenés. Tout est bon pour repartir vite et avec beaucoup d’énergie. 30 minutes et quelques éclats de rire plus tard nous remettons t-shirts et sacs à dos. Les 500 derniers mètres nous attendent et avec eux la joie de l’arrivée (photo de droite).

Ça y est j’y suis. Le sommet du mont Athos. J’ai marché pendant plus de 10h sous un soleil de plomb, mais j’y suis. Les dernières marches sont un spectacle unique. La montagne devient monument de marbre en même temps que l’on continue son ascension. La roche se fait blanche et l’on atteint les 2033 mètres. Trop heureux d’être enfin arrivé je laisse un instant mon bâton de pèlerin afin d’embrasser la vue (photo de gauche).

Mes yeux se mouillent à mon arrivée. Je l’ai fait. J’ai accompli le premier défi que je m’étais lancé en venant ici. Je pleure de joie alors que le soleil disparaît rapidement à l’horizon. Devant moi, la péninsule se dessine entièrement (le mont Athos est en effet à l’extrémité sud de la péninsule) et revêt le rose orangé du crépuscule (photo de droite).

La chaleur du jour laisse place au froid mordant de la nuit. En haut il ne va pas tarder à faire moins de zéro degré. Je fais la connaissance d’un moine qui parle uniquement grec. Il a un des sourires les plus honnêtes que j’ai vu de ma vie. Sa joie est communicative, à moins que ça ne soit la mienne qui me fasse voir son sourire comme plus important qu’il ne l’est en fait. Le moine travaille à la construction de la chapelle avec les ouvriers des pays des Balkans venus pour cela. Il a plus de 70 ans et travaille dur toute la journée sous une chaleur intenable pour construire un édifice qui permettra à tous de prier au sommet de l’Athos.

Je regarde la nuit embrasser le mont Athos et le couvrir de son grand manteau. Ici, il n’y a pas d’électricité, alors on fait tout à la lampe de poche ou lampe frontale. On demande au moine si l’on peut se réfugier à l’intérieur de la chapelle en construction afin de passer la nuit, mais sa réponse est négative. Nous ne sommes pas des moines alors nous devons dormir à la belle étoile.

Je regarde la nuit embrasser le mont Athos et le couvrir de son grand manteau. Ici, il n’y a pas d’électricité, alors on fait tout à la lampe de poche ou lampe frontale. On demande au moine si l’on peut se réfugier à l’intérieur de la chapelle en construction afin de passer la nuit, mais sa réponse est négative. Nous ne sommes pas des moines alors nous devons dormir à la belle étoile.

La nuit va être froide, très froide. Nous déplions nos duvets et récupérons des matelas fins que nous disposons sur le sol afin de nous isoler un peu. Je vais trembler une partie de la nuit, car je n’avais pas pris de veste suffisamment chaude. La nuit sera longue.

Au petit matin le spectacle est au rendez-vous. Le soleil sort de la mer Égée, un léger voile sépare le brouillard de la mer et seule cette boule de feu nous permet de reconnaître l’horizon.

Les ouvriers sont déjà à l’œuvre et le vieux moine aussi. Il est l’heure de plier bagage et de descendre l’Athos.

Les rayons du soleil réchauffent peu à peu la terre gelée pendant la nuit. L’Athos étend son ombre sur la mer Égée jusqu’à aller chatouiller la deuxième péninsule de Chalcidique avec son sommet. Un gigantesque triangle est posé sur l’eau bleue pour disparaître petit à petit. On entame la descente du mont Athos.

À la chapelle de Panagia mes amis grecs et moi nous nous séparons, car ils doivent rentrer en ville pour travailler. Je suis désormais seul avec Marc, mon ami journaliste américain.

Faire de la randonnée sur l’Athos demande beaucoup d’énergie. Les sentiers sont composés de pierres brisées ; la terre et la poussière sont omniprésentes à mesure que l’on s’enfonce dans la forêt et il faut constamment regarder là où l’on met les pieds pour ne pas se tordre la cheville (photo de gauche).

Nous traversons des bois magnifiques aux arbres bien plus que centenaires. Notre route est parsemée de fontaines et nous nous ravitaillons autant que possible pour palier à la chaleur (photo de droite).

Après bien des efforts, sur les sentiers rocheux et parmi les racines nous arrivons sur une route goudronnée, premier signe de civilisation depuis bien longtemps. Cela repose nos membres endoloris. Au loin, la Grande Laure est en vue (photo de gauche).

C’est une véritable forteresse. En 963, à l’époque où le monastère a été construit il fallait se protéger des invasions barbares et des pirates. Les murs épais m’impressionnent énormément, tout autant que la piste d’hélicoptère me fait ouvrir de grands yeux (photo de droite).

Des hommes importants viennent dans les monastères et ils ne se déplacent pas en tant que pèlerins. Il paraît que le Prince Charles d’Angleterre vient se reposer à Simonos Petras et que Poutine vient à Panteleimon. La richesse des monastères prend soudain un sens tout nouveau à mes yeux. Je ne pensais pas tomber là-dessus. Sous couvert d’habits sombres et d’ascétisme, les moines sont immensément riches.

Les moines de la Grande Laure nous ont offert une hospitalité incroyable et ont été d’une grande bonté envers nous. L’un d’eux nous a amenés au réfectoire pour que nous puissions reprendre des forces. Ce repas restera gravé dans ma mémoire. Seuls dans un lieu immense aux fresques sublimes nous nous sommes assis à une table ronde faite en marbre. Plus de 1000 ans d’histoire nous entouraient. Athanase avait pensé à faire des tables rondes afin que tous soient égaux, qu’aucun ne se sente plus petit ou moins aisé qu’un autre. Ici, les différences devaient disparaître pour laisser place à autre chose.

Nous terminons le repas, montons dans notre chambre et je me heurte pour la première fois aux mots que j’allais apprendre à anticiper : « Nous ne souhaitons pas parler de notre foi et s’il vous plaît : pas de photos. »

Biographie – Thibaut Octave

Après 6 ans en tant que cadreur monteur pour la télé et 7 ans en tant que planneur stratégique en agence de communication, Thibaut a décidé de revenir il y a environ 2 ans à son premier amour : la photographie.

À l’âge de 10 ans il a appris la photo avec un appareil argentique que son père avait acheté à un de ses amis. Il n’a jamais lâché l’argentique et a d’ailleurs une petite dizaine d’appareils chez lui qu’il utilise régulièrement. Quand il est revenu à la photo c’est Leica qui lui a tendu la main.

Curieux, il s’amuse à photographier tout ce qui lui passe devant les yeux. L’individu et sa beauté sont des sujets d’inspiration constant. Photos de mode, d’architecture, de gastronomie, de portrait, tout l’inspire. Il aime l’aspect documentaire et brut de la photographie et aime à observer comment l’Homme trouve sa place dans un monde coincé entre une esthétisation extrême du quotidien et la recherche de l’authenticité.

Curieux et voyageur c’est équipé de son M240 qu’il entreprend de partir aux 4 coins du monde pour découvrir la place de la religion dans l’humanité. Sujet de société à part entière, il souhaite découvrir pourquoi certains croient ou ont besoin de croire et comment la religion intervient ou non dans le cœur des Hommes.

 

Retrouvez Thibaut Octave :

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